Pourquoi fait-on du ghosting, et comment se sent celui qui ne répond plus ? Une étude de la Haas School of Business de l'Université de Californie à Berkeley et de la Judge Business School de l'Université de Cambridge a observé le phénomène sous l'angle le moins étudié : non pas celui qui est ignoré, mais celui qui ignore. Le résultat, publié dans Personality and Social Psychology Bulletin : celui qui reste sans réponse sous-estime à quel point l'autre se sent mal.
L'étude en bref
Les autrices, Sophia Li, Coral Zheng et Juliana Schroeder, définissent le ghosting comme le moment où une personne cesse soudainement de répondre à une autre, sans explication. Elles l'ont observé de trois façons :
- 195 participants se sont souvenus d'une expérience réelle de ghosting, faite ou subie ;
- 601 participants ont imaginé une conversation interrompue, dans la peau de celui qui se tait ou de celui qui attend ;
- 350 participants ont vécu une interaction en direct au cours de laquelle le ghosting était provoqué pendant l'expérience ;
- dans les trois cas, la comparaison porte sur ce que ressent celui qui se tait et sur ce qu'imagine celui qui attend.
La conclusion commune est nette quant à la direction, même si elle ne mesure pas une intensité absolue : celui qui est ignoré tend à croire que l'autre va bien, alors que celui qui a cessé de répondre dit se sentir plus mal qu'on ne l'imagine.
Pourquoi on fait du ghosting : ce n'est souvent pas un choix froid
L'image répandue de celui qui disparaît est celle d'une personne indifférente. L'étude suggère un tableau différent. Selon les autrices, l'écart entre ce que l'on ressent et ce que l'autre imagine est plus grand lorsque le ghosting n'est pas intentionnel : un message resté en suspens, une semaine chargée, une réponse repoussée jusqu'à ce qu'il devienne gênant de la donner.
C'est utile à garder en tête, car cela change la lecture du silence. Celui qui se tait n'a pas toujours décidé de couper : parfois, il n'a pas trouvé le moment, ou les mots, et le malaise grandit justement à mesure que le temps passe.
Le silence est un message, même quand on ne le veut pas
En communication non verbale, on dit qu'il est impossible de ne pas communiquer. Le silence n'échappe pas à cette règle : celui qui attend une réponse l'interprète, et le plus souvent de la manière la moins favorable. Il pense avoir dit quelque chose de travers, avoir été jugé, ne pas être important.
L'étude ajoute un élément : l'interprétation de celui qui attend porte aussi sur l'état d'esprit de l'autre, et elle tend à se tromper. Le silence est lu comme de la distance, alors que pour celui qui se tait c'est souvent de la difficulté ou de la culpabilité. Deux personnes vivent le même vide de façon opposée, et aucune des deux ne le sait.
Une réponse brève change la perception
La donnée la plus pratique concerne les alternatives au silence. Selon l'étude, l'écart se réduit lorsque celui qui communique ne perçoit pas son comportement comme du ghosting, ou lorsque, au lieu de disparaître, il envoie une réponse brève, du type « désolé, je ne peux pas parler maintenant ».
C'est une indication simple et précieuse, aussi en dehors de la vie privée. Au travail, le ghosting prend de nombreuses formes :
- la candidature ou l'entretien qui ne reçoit aucun retour ;
- le devis envoyé à un client qui ne répond plus ;
- l'e-mail d'un collègue resté sans suite ;
- le message d'un collaborateur auquel on répondra « dès que possible ».
Dans chacun de ces cas, quelques mots clairs coûtent moins que le silence, à celui qui les reçoit comme à celui qui les écrit.
Ce que dit de nous notre façon de clore une conversation
L'étude doit être lue avec certaines limites : elle mesure des ressentis déclarés par les personnes, sur des échelles numériques, et une partie des scénarios est imaginée. Elle ne dit pas à quel point le ghosting est répandu, ni s'il vaut de la même façon dans tous les contextes. Elle signale en revanche une chose utile : l'écart entre ce que nous ressentons et la façon dont les autres nous perçoivent.
Pour qui soigne son image professionnelle, c'est un sujet central. La façon de clore une conversation, même par un non ou un report, reste dans la mémoire de l'autre autant que la façon de l'ouvrir. Une réponse brève, un ton aimable, un délai annoncé (« je vous réponds d'ici vendredi ») expriment le respect et la fiabilité, sans besoin de longues explications.
Donner forme aussi aux silences
Savoir pourquoi on fait du ghosting ne sert pas à le justifier, mais à le remplacer par quelque chose de mieux. L'étude de Berkeley et Cambridge montre que celui qui ne répond plus va souvent plus mal qu'on ne le croit, et qu'une phrase brève suffit à réduire le malentendu des deux côtés.
Le parcours Com-On de CG Imagine travaille justement sur cela : ton, rythme et signaux non verbaux, silences compris, pour faire coïncider ce que l'on ressent avec ce que les autres perçoivent, même quand la réponse est simplement « je ne peux pas maintenant, je t'écris demain ».
Photo de Charis Gegelman sur Unsplash





